Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LE BLOG DE LISE PRAT-CHERHAL

J'avais failli être drôle dans un café nantais

Comme pas mal d’autrices et d’auteurs, je ne parviens pas à écrire chez moi.
Alors, afin de travailler, je me balade perpétuellement entre Nantes et Rezé, de bibliothèques en médiathèques et de bars
en cafés.
Il y a quelque temps, j’ai écrit à l’auteur Martin Page pour lui dire tout le bien que je pensais de son dernier ouvrage, “Douceur de la musculation”.

Je pense plus largement beaucoup de bien de lui mais ça, je ne lui ai pas dit. Il m’a conseillé un café nantais dans lequel il aime se rendre pour se relire, écrire et boire un bon « latte ».

Comme je fais très souvent ce que l’on me dit de faire, sauf quand ceci peut me conduire aux urgences, en prison ou dans un collège par temps caniculaire, je me suis rendue dans ce lieu à la déco industrielle. Mais malheureusement,j’y ai frôlé le ridicule. Pour ne pas dire que, carrément, j’ai plongé la tête la première dedans.

Dans ce lieu, on ne boit pas de « café » et de « chocolat chaud ».

On boit du « macchiato », de « l’americano », du « flat white » et du « mochaccino ». On ne prend pas un thé mais un Sencha Fukuju importé du Japon.

L’endroit est calme, chaleureux, aéré. Un lieu parfait pour travailler.

Le barman avait une longue barbe, un piercing dans le nez, des lunettes carrées et de nombreux tatouages. C’est à lui que j’ai commandé, de ma vie, le tout premier latte.

— Un latte ? Oui, madame, m’a répondu le barman.
Et avec sérieux, il a ajouté :
— J’y mets du lait de vache ou bien du lait d’avoine ?

Lait de vache ?
Lait d’avoine ?
Allons bon, que répondre ?

Je ne m’attendais pas à une telle question.
Jamais dans toute mon existence, ne s’était présenté à moi, entre la vache et l’avoine de devoir faire un choix.
Je trouvais ça tellement bizarre que, de mon point de vue, cela était extrêmement drôle.

Alors mon cerveau a pensé :
– Et si j’en rajoutais une couche ? Il y aurait moyen de rigoler un peu.

Je n’ai pas résisté. Et me voilà partie dans un grand éclat de rire.

— Elle est bien bonne celle-là ! Traire les vaches, ça, d’accord, je suis une fille de la campagne, alors je sais
qu’on peut le faire. Mais traire l’avoine ! N’importe quoi ! Ah, ah, ah.

Personnellement, l’idée de traire l’avoine, je trouvais que c’était plutôt drôle.

Mais il en est resté coi.

J’avais beau lui sourire avec mes grandes dents, son mutisme était tel que le moment est devenu très gênant.

J’aurais bien aimé me noyer au fond de mon latte, mais il ne l’avait
pas encore préparé.

Bien sûr, ce n’était pas la blague de l’année, je devais sans doute être un petit peu fatiguée.

Mais en professionnel, derrière son comptoir, il aurait pu, par politesse, un petit peu rigoler.

Mais il ne l’a pas fait. Et j’ai lu dans ses yeux. Il était attérré.

Alors j’ai dit, honteuse :
— Lait de vache, s’il vous plaît.
— Très bien, asseyez-vous. Je vais vous l’apporter.

J’avais cru être drôle, mais je m’étais plantée.

C’est comme ça qu’en ce lieu, j’ai fait mes premiers pas.

Essayer d’être drôle est un effort qu’il faut saluer, mais il faut travailler ses blagues et surtout bien
choisir l’endroit où on les fait pour éviter de se retrouver, un jour, comme moi, déconfite, honteuse et mortifiée devant mon tout premier latte.

Et cette histoire, à Martin Page, je ne vais pas la raconter. 

Photo non contractuelle de moi-même, faite par moi-même, dans le dit appartement. Autant je ne parviens pas à écrire chez moi, autant faire une photo avec une tasse, je peux.

Photo non contractuelle de moi-même, faite par moi-même, dans le dit appartement. Autant je ne parviens pas à écrire chez moi, autant faire une photo avec une tasse, je peux.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :