18 Octobre 2026
Avec mes collègues de Smartville, nous venions tout juste de sortir de scène. Je ne sais pas ce qui m’a pris ce jour-là, mais au lieu, comme à l’accoutumée, d’aller m’effondrer d’épuisement dans je ne sais quel canapé de loge où des centaines d’artistes avant moi avaient certainement déversé des tonnes de sueur d’après concert, j’ai suivi mon collègue Vincent qui retournait dans la salle saluer notre très jeune public.
Quelques dizaines d’enfants étaient déjà partis (leur car les attendait car c’était bientôt l’heure de la cantine), mais il en restait deux bonnes centaines affairés à remettre leur manteau (enfin, d’abord à le retrouver, puis à le remettre).
Lorsque nous nous sommes mis en bord de scène avec Vincent, il y a eu un mouvement de mini-foule vers nous.
Un enfant a accouru vers moi et m’a tapé dans la main. J’ai supposé qu’il voulait, à sa manière, me signifier qu’il avait apprécié le spectacle.
Ce qu’il faut savoir, c’est que dans un groupe d’enfants, quand l’un d’entre eux fait quelque chose que les autres trouvent marrant, on peut être sûr que, derrière, ils veulent tous faire pareil.
C’est ce qu’ils ont fait.
Toutes leurs petites mains sont venues les unes après les autres se plaquer dans la mienne.
Petites mains qui avaient probablement été quelques minutes auparavant sur leurs petits visages, dans leurs petites bouches ou dans leurs petits nez.
Alors que j’avais déjà tapé dans les mains d’un grand nombre d’enfants, une petite fille s’est approchée de moi et m’a petitement dit sur le ton du secret : « J’ai un copain qui vient de vomir ».
J’ai levé la tête. Dans les gradins, j’ai vu un enfant tout blanc. À ses pieds, un amas de Sopalin. À côté de lui, une institutrice qui faisait ce qu’elle pouvait…
À partir de là, ce n’étaient plus de mignonnes petites mains qui venaient s’encastrer dans la mienne. Non, c’étaient des vecteurs d’infection.
Mon sourire s’est crispé.
Il restait encore une cinquantaine d’enfants. Comment allais-je m’en sortir ?
Mal, probablement. Comme je suis professionnelle, j’ai continué à claquer les mains de ces agents de transmission, mais le cœur n’y était plus.
Dans la mini-foule d’enfants qui attendaient leur tour de frappe, j’ai remarqué une autre petite fille qui tenait dans sa main droite un mouchoir roulé en boule. Il avait l’air humide et surtout mâchouillé.
Son tour est arrivé. Elle a pris son élan en levant la main qui serrait son mouchoir bien au-dessus de sa tête. Ça m’a pétrifiée. À l’aide d’un bon coup de poignet, elle a plaqué son mouchoir humide au creux de ma paume.
C’était horrible.
Lorsque ce grand bouillon de culture a pris fin, j’ai couru vers la loge en tenant mes mains le plus loin possible de mon visage et en ouvrant les portes avec mes coudes. Je me suis réfugiée dans les toilettes et j’ai lavé mes mains une fois. Puis une deuxième fois. Et pour ne prendre aucun risque, je les ai lavées une troisième fois.
Les jours qui ont suivi, je n’ai ressenti aucun symptôme de mini-grippe, mini-rhume ou mini-gastro-entérite. Ouf ! J’avais réussi à anéantir le foyer de contamination que j’avais récolté.
N’étant pas la dernière des aventurières, je repars cette semaine pour d’autres mini-rencontres avec d’autres mini-publics. Je vais cependant rester prudente et agir en conséquence du fait que tout spectacle pour enfants représente une grande prise de risque au niveau sanitaire.
Mais croyez-moi, le mini-jeu en vaut largement la mini-chandelle !