28 Août 2026
J’étais, ce jour-là, garée en double file au volant d’un camion de déménagement. À l’arrière, deux ados remplissaient joyeusement le coffre de cartons et de nombreux écrans.
Même si je les entendais rire et se projeter sur leur nouvelle vie rêvée, de mon côté j’avais de la peine à rigoler.
La colocation dans laquelle je vivais depuis 18 ans était en train de prendre fin sous mes yeux de parent.
La tête sur le volant, je relevais les yeux de temps à autre pour vérifier que je ne gênais personne.
Les ados réfléchissaient, agençaient, menaient le chargement quand un homme, devant moi, apparut subitement.
Il m’a regardé, a vu que j’étais seule. Il m’a dit :
— Faut sourire, allez quoi, il faut pas faire la gueule !
Voilà, elle vient de sortir la fameuse injonction à sourire.
À sourire dans la rue, à sourire tous les jours et puis par tous les temps, à sourire au volant, en plein déménagement, à sourire quand son cœur commence à rétrécir.
Je n’avais, ce jour-là, aucune raison de sourire.
Je l’en ai informé :
— Si t’étais à ma place, je peux te le dire, tu n’aurais vraiment pas envie de sourire.
Il était bien surpris. Il a baissé les yeux. Il était désolé et il s’en est allé.
Le camion s’est rempli, et puis nous sommes partis. On a roulé pendant sept heures. Il était gros, mon cœur.
On transporte avec nous des histoires, du vécu qui ne donnent pas envie de sourire dans la rue.
Et même quand on ne s'y attend pas, la fin d’une colocation peut à elle seule créer une immense émotion.
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