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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LE BLOG DE LISE PRAT-CHERHAL

C'était pas gagné, mais je suis allée jouer dans le Limousin.

C'était pas gagné, mais je suis allée jouer dans le Limousin.

La veille du départ à Isle, quand Morvan a récupéré le camion de location, on s’est vite rendus compte que ce véhicule de tournée avait un sérieux problème. 

La banquette arrière qui devait normalement permettre à trois des 6 membres de l’équipe de voyager convenablement avait vraisemblablement subi un choc et était désormais légèrement penchée vers l’avant. 

 

Quiconque s’asseyait sur cette banquette était inévitablement entraîné à glisser vers l’avant, jusqu’à ne plus être vraiment assis sur la dite banquette. 

C’était assez fâcheux. 

Voir intolérable. 

 

Comme ce n’était pas la première fois qu’on rencontrait ce genre de désagrément avec ces camions de location, j’ai appelé mon régisseur de tournée et lui ai dit ces termes : 

 

 - Allô, ils nous ont encore refilé une grosse bouse. 
 

Je lui ai ensuite expliqué la nature du problème tout en continuant à utiliser des termes qui ne faisaient pas partie du dictionnaire de la bienveillance en matière de communication. 

Il m’a promis qu’il allait trouver une solution pour que tout le monde puisse se rendre à Isle demain matin sur un siège qui ne penchait pas. 

 

Et je suis allée dormir l’esprit tout à fait tranquille sachant pertinemment qu’il allait régler le problème car il règle toujours tous les problèmes. 

Je ne vous cache pas que j’ai beaucoup gagné en tranquillité d’esprit depuis que Nicolas régit ma tournée. 

Je gagne également plus d’argent depuis qu’il s’occupe de mon management. Mais ceci est un tout autre sujet. 

 

Le lendemain matin, à 6h45, je me suis mise au volant de la grosse bouse pour rejoindre l’équipe sur le lieu de stockage du matériel. 

Sur le siège passager, le loueur avait laissé une publicité qui disait : nous louons aussi des voitures. 

Je me suis dit, si c’est pour nous louer des petites bouses, non merci. 

Et je suis arrivée la première sur le lieu de rendez-vous. 

Il faisait encore nuit. 

Morvan, qui allait nous rejoindre un peu plus tard pour des raisons secrètes et personnelles qui ne regardent personne à part lui même et sa progéniture, m’avait donné les deux clés qui nous permettraient d’ouvrir la porte blindée du lieu secret de stockage. 

Nous pourrions ainsi accéder, sans lui, à notre matériel et commencer, sans lui, le chargement. 

En me donnant la première clé, il m’avait dit : 

 

- Celle là, c’est la serrure du haut, elle a un peu de jeu, il faut trifouiller dans tous les sens pour réussir à l’ouvrir. 

J’avais dit : 

- ok ! 

Il m’avait ensuite donné la deuxième clé en me disant : 

- Celle là, c’est la serrure du bas, elle est montée à l’envers, donc pour l’ouvrir tu fais comme si tu la fermais et pour la fermer tu fais comme si tu voulais l’ouvrir. 

 

J’avais dit ok, même si je trouvais que tout ceci était un peu compliqué.

 

Contre toute attente, arrivée devant la porte blindée, je suis parvenue à ouvrir les deux serrures sans le moindre problème. 

Nous avons ainsi chargé le matériel de tournée dans le grand coffre de la grosse bouse et trois personnes de l’équipe se sont installées sur la banquette avant, puisque je vous le rappelle, il était absolument impossible de mettre quiconque sur la banquette arrière. 

Il n’était pas possible non plus d’installer King-Kong sur cette banquette, mais ça tombait bien car il ne faisait pas partie de l’équipe  «Alliance». 

 

Et le camion de tournée est parti vers ISLE avec trois personnes à son bord. 

Comme nous sommes 6 dans l’équipe, vous aurez compris que ce matin là, à 7h30, 3 personnes sont restées sur le trottoir.

Je faisais partie de ces trois personnes. 

A ce moment précis, on ne savait pas comment on allait aller à Isle mais on savait que Nicolas, mon régisseur et néanmoins manager, que j’avais déjà appelé trois ou quatre fois au téléphone depuis 6h00 du matin, allait trouver une solution pour notre acheminement. 

Et la solution, comme prévu, il l’a trouvée. 

Après négociation, le loueur nous a donné, gracieusement, en plus de la grosse bouse, une petite voiture très moderne, sans clé, avec des sièges qui ne penchaient pas et nous sommes partis vers Isle. 

Avec une heure de retard mais nous sommes partis quand même. 

Morvan conduisait. 

Au bout de deux heures de route, nous nous sommes arrêtés. 

À ce moment là, tout le jeu a consisté à comprendre comment ce véhicule sans clé s’éteignait. 

C’était pas vraiment évident. 

Mais en nous y mettant à deux, avec Morvan, nous avons finalement trouvé le bouton pour éteindre le moteur. 

C’était déjà ça de fait. 

Mais comme nous étions garés en pente, il était indispensable, avant de descendre, de trouver également le frein à main. 

Et ça, ça a été un peu plus long. 

On l’a finalement trouvé.

C’était le bouton « P », « P » comme frein. 

Nous avons ainsi pu quitter le véhicule sans clé. 

La pause fut courte car nous étions déjà en retard. 

De retour dans la voiture, le jeu a consisté à, je vous le donne en mille, trouver comment se redémarrait cette voiture sans clé. 

Nous avons trouvé. 

Sinon, l’histoire se serait arrêtée là. 

Ma carrière aussi. 

 

Sur la route, comme je n’avais rien à faire, je regardais mon téléphone. 

A un moment, j’ai reçu un mail de la personne qui est chargée de la communication de la tournée. 

Ça m’a occupée. 

Elle avait pour projet de mettre en place un jeu de questions sur ma vie pour que mes fans puissent jouer afin de se divertir. 

Elle me disait que si j’avais des idées de questions, mes idées étaient les bienvenues. 

Comme je m’ennuyais dans la voiture, j’ai commencé à rédiger des questions sur moi-même à la troisième personne, et en le faisant, je me suis aperçue que rédiger des questions sur soi-même à la troisième personne ce n’était pas très bon pour l’équilibre psychique.

Même pour celui de King-kong. 

J’ai commencé : 

- Dans quelle ville est-elle née ? 

- Quel est le premier instrument qu’elle a appris? 

- Quel est le nom de son premier groupe ? 

- En quelle année se sont ils séparés ? 

- De quoi est mort son premier petit ami ? 

- Le jour de son IVG, était elle seule ou accompagnée ? 

- Durant ses longues périodes de dépressions a-t-elle recours au xanax , à l’effexor ou aux deux ....? 

- Et son père, en quelle année a-t-il mis fin à ses….. ?

Et là, j’ai eu envie comme une envie de pleurer. 

Oh la la, ce retour sur moi même était en train de me faire partir complètement en cacahuète dans cette voiture sans clé. 

J’ai tout de suite arrêté de rédiger ces questions et j’ai regardé la route pour ne pas me mettre à vomir. 

J’ai aussi décidé de laisser les personnes compétentes rédiger les questions sur moi-même, ce serait moins compliqué dans ma tête. 

À ce moment là, sur la départementale, je pensais que le plus dur de la journée était derrière moi. 

J’étais bien loin du compte ... et je m’en vais vous rédiger la suite ... 

 

 

Nous sommes finalement arrivés à Isles. 

C’était inespéré.

Nous avons été accueillis très chaleureusement par l’équipe de la salle et nous sommes allés manger. 

Nous étions 13 à table. 

Nous 6 et les 7 membres de l’équipe accueillante. 

7 personnes. C’est rare d’être accueilli dans une salle par autant de monde. Habituellement, nous sommes accueillis par deux ou trois personnes. 

Parfois même, juste une personne. Mais ça, n’être accueilli que par une seule personne, c’est pas très bon signe quand à la viabilité économique de la dite salle.  

 

L’après-midi, après le déchargement de la grosse bouse, Nicolas avait fait en sorte que je puisse aller faire une sieste à l’hôtel. 

Debout depuis 6h du mat, c’était plutôt une bonne idée de me forcer à aller dormir un peu. 

Jérôme m’avait dit : « Reviens à 15h30 ». 

Mon cerveau avait entendu : « Reviens à 16h ».

Je disposais donc d’une heure et demie avant de faire les balances. 

C’était suffisant. 

Je suis donc partie seule vers l’hôtel situé à Limoges au volant de la petite voiture sans clé. 

Après 15 minutes de route, je suis arrivée à l’hôtel en plein centre-ville. 

Impossible de trouver une place de stationnement. 

Je me suis garée en double file le temps d’aller chercher ma clé et de demander le moyen d’accéder au parking. 

Arrivée à la réception, j’ai dit que j’avais une réservation au nom du centre culturel. 

Elle m’a dit qu’elle n’avait rien. 

Ah .... 

J’ai alors vérifié dans mes papiers que j’étais dans le bon hôtel. 

J’aurais pu me tromper, ça m'est déjà arrivé. 

Mais non, j’étais ce jour là, au bon endroit. 

J’ai alors donné mon nom. Il arrive que les réservations soient faites à mon nom « Liz Cherhal ». 

Elle n’avait rien ... 

Purée ... 

J’ai donné le nom de mon tourneur, on sait jamais. 

Rien ...

Le nom de mon concert. 

Rien. 

Le nom de mon régisseur. 

Rien ... 

J’étais désemparée. 

Je voyais le temps qui défilait et la durée de ma sieste qui était en train de se réduire... Avec le quart d’heure de route pour retourner à la salle, je ne disposais plus que d’une heure. 

Quel pouvait être le nom de la réservation qui me permettrait d’aller dormir. 

Mystère ... 

Et là, dans un éclair de lucidité, j’ai hurlé à la personne en face de moi : 

- Mairie de Isle !!!

Isle, la ville où nous jouions le soir même ! 

 

Bingo !!! C’était le nom de la réservation. 

Il y avait 5 chambres pour nous, comme d’habitude. 

Elle m’a demandé mon nom pour savoir qu’elle chambre m’était attribuée. 

J’ai dit « Cherhal », car c’est mon nom. 

Elle m’a dit : 

- J’ai pas « Cherhal » sur ma liste.

Ah ... mince ... pas de Cherhal... 

Je lui ai dit : 

- C’est pas grave, donnez moi n’importe quelle chambre, je m’arrangerai avec mes collègues pour la répartition. 

Elle m’a répondu que ce n’était pas possible de me donner n’importe quelle chambre si mon nom n’était pas sur la liste. 

Ah ... 

C’était très fâcheux. 

Elle m’a alors dit qu’elle pouvait me donner une autre chambre, une qui n’était pas sur la liste mais que, si elle faisait ça, il faudrait que je paie tout de suite cette chambre. 

Allons bon ... 

Que je paie la chambre tout de suite maintenant...

J’ai rapidement jeté un œil sur les tarifs de l’hôtel et, comme le prix d’une chambre était à peu près égal au montant de mon cachet du soir, je me suis dit que non, je n’allais pas payer ma chambre alors que ceci est censé être pris en charge par les organisateurs du concert. 

Il fallait trouver une autre solution. 

 

Et la solution, la personne de l’accueil l’a trouvée.

Elle m’a dit : 

- Pour que je vous donne une chambre, il me faudrait un mail de la mairie de Isle qui me prouve que vous faites bien partie de l’équipe. 

Ah .... 

C’était une solution inattendue. 

Elle était donc en train de me dire que je devais contacter la mairie de Isle, dont je n’avais bien évidemment pas le contact, pour leur demander d’envoyer un mail à l’hôtel qui prouverait mon appartenance effective au sein de ma propre équipe, un mail qui dirait en gros : 

«  Madame, par la présente, je vous confirme que la personne debout devant vous qui se nomme Liz Cherhal, fait bel et bien partie de l’équipe Liz Cherhal ». 

Voilà ce dont elle avait besoin. 

J’étais complètement désemparée. 

Combien de temps il me faudrait pour obtenir ce fichu mail et pouvoir accéder enfin à un lit.  

J’avais bien ma gourde en inox « L’alliance-Liz Cherhal » avec moi, mais ceci ne constituait pas une preuve suffisante de mon identité. 

Je commençais à m’enfoncer dans un profond désespoir car le temps, contrairement à moi, avançait, et ma sieste elle, s’éloignait. 

Il ne me restait plus désormais que 50 minutes pour aller me reposer et je n’avais pas encore la moindre clé de chambre. 
Dans un dernier souffle, je lui ai demandé de me montrer la liste des noms que lui avait transmise la mairie. 
Elle a tourné son écran d’ordinateur vers moi et là j’ai vu, à la troisième ligne, entre Boudeau (2ème ligne) et Arbert (4ème ligne), ceci en toutes lettres : 
« Prat/Cherhal »
J’ai mis mon doigt sur l’écran, au niveau de mon nom et je lui ai dit, d’une voix tintée d’un mélange de soulagement et d’énervement : 
- Mais ça, c’est Cherhal, c’est mon nom !!!! J’ai une chambre ! 
Elle a retourné l’écran vers elle et m’a dit : 
- Oh ! pardon, je n’avais pas vu. 
Et elle s’est confondue en excuses ... 
 
Je l’ai excusée, toute heureuse que j’étais de pouvoir aller m’allonger durant les 45 prochaines minutes. 
J’aurais pu faire un esclandre, mais comme je suis très angoissée par les conflits, quelque soit leur forme et leur origine, je n’ai rien fait de tel.  
D’autant que j’avais entendu la semaine auparavant, de la bouche d’une accueillante de salle, une histoire horrible d’un chanteur extrêmement désagréable qui avait hurlé sur une réceptionniste d’hôtel car sa chambre n’était pas prête à son arrivée.
J’avais trouvé ça assez odieux, et il était de toute façon hors de question que je fasse ce genre de chose. 
J’ai alors pris ma clé et je lui ai demandé comment accéder au parking car j’étais garée en double file. 
Elle m’a dit : 
- Alors, je vais regarder si vous avez une réservation pour le parking. 
Ohlala, une réservation pour le parking maintenant ... 
Bien évidemment je n’en avais pas. 
Je lui ai alors demandé s'il m'était possible de me garer dans le parking même si je n'avais pas de réservation.
Elle m’a dit : 
- Je vais regarder si on a des places disponibles. 
Bien évidemment, il n’y en avait pas. 
Elle m’a donc expliqué que j’allais devoir aller me garer dans les rues de Limoges. 
Bon, il me restait 40 minutes avant de devoir repartir faire la balance. 
C’était court mais j’étais tellement fatiguée qu’il fallait que j’accède à un moment de calme allongée dans une chambre d’hôtel. 
Je suis donc repartie au volant de la voiture sans clé et j’ai commencé à rouler dans Limoges à la recherche d’une place. 
Dans la rue devant l’hôtel : pas de place. 
Dans une rue perpendiculaire à celle de l’hôtel : pas de place. 
Et dans une rue parallèle à celle de l'hôtel : pas de place non plus. 
J’ai continué comme ça, à zoner, comme une zonarde dans Limoges.
Je ne savais pas où j’allais, j’étais fatiguée, un peu agacée également et je ne trouvais pas de place pour me garer. 
C’était vraiment une journée délicate. 
Vraiment très délicate. 
J’ai tourné ainsi pendant une dizaine de minutes et comme je ne trouvais pas de place pour me garer et que je sentais que je n’allais pas pouvoir dormir avant le concert, à un feu rouge, je me suis mise à pleurer.
Toute seule, au volant de cette voiture sans clé. 
Vous vous en doutez, ça n’a absolument pas fait évoluer la situation. 
À ma gauche, un homme dans sa voiture me regardait plein de compassion. 
Il devait se dire qu’il devait sûrement m’être arrivé quelque chose de grave pour pleurer ainsi à un feu rouge. Je sentais qu’il était prêt à intervenir. 
J’ai eu envie de lui dire. 
- Euh ... ne vous inquiétez pas , je pleure juste parce que je ne peux pas aller dormir... rien de grave ... personne n’est mort ... enfin pas dernièrement. 
 
Mais je n’ai rien dit parce que le feu est passé au vert et que j’ai tracé. 
Cinq minutes plus tard, j’ai enfin trouvé une place mais en consultant Google Map je me suis aperçue que cette place se situait à 15 minutes de marche de l’hôtel. 
Ça ne servait donc à rien de me garer et de marcher jusqu’à l’hôtel puisqu’à peine arrivée dans ma chambre, il me faudrait repartir dans l’autre sens pour rejoindre ma voiture. 
Tout ceci m’a rendue triste car j’avais vraiment perdu mon temps, j’étais toute seule et j’étais toujours aussi fatiguée. 
 
Je suis donc repartie à la salle et j’ai retrouvé celui qui, en plus d’être le directeur musical de la tournée, est également ma figure d’attachement : Morvan. 
Je lui ai raconté tout ça. 
Il m’a écouté sans jugements mais en me plaignant. C’était exactement ce dont j’avais besoin. 
Une fois que mon sac fut bien vidé, nous sommes allés balancer sur le plateau. 
Et contre toute attente, tout s’est passé normalement. 

 

À 19h nous sommes partis manger. 

Au restaurant, chacun devait choisir entre un râble de Lapin, un bar entier ou une entrecôte. 

Évidemment Morvan a pris le bar, et en entier. 

Moi l’entrecôte. 

Philippe a dit « lapin ». 

Je n’étais pas du tout contente de ses paroles, je lui ai rappelé qu'il était interdit dans le milieu du spectacle de dire lapin, qu'il était interdit aussi de dire cordes et qu'il était également interdit de porter du vert. 

Il s’en fichait mais pour me faire plaisir, il a dit qu’il prendrait un « râble de ». 

Je préférais ça. 

 

Et puis on est rentrés à la salle. 

Et on a fait le concert. 

Tout s’est très bien passé, sauf au moment de la catastrophe. 

Bah oui, évidemment qu'il y a eu une catastrophe pendant ce concert, ce n'était que la suite logique de cette journée. 

Et la catastrophe, ce fut un trou. 

Oui, un trou. 

Alors pas un trou dans les rideaux ou dans le parquet, non, un trou dans l’abstrait. 

Un trou dans ma tête. 

Un grand trou noir dans lequel était tombé les paroles du deuxième couplet de ma chanson « Tu respires ». 

Impossible de m’en souvenir. 

C’était la première fois de toute la tournée que ceci m’arrivait. 

Je ne connaissais plus les paroles de ma propre chanson. 

Je me suis tournée vers Cyrille pour lui demander de l’aide et pour qu’il me signe les paroles manquantes mais comme j’étais complètement perdue et stressée, je ne comprenais rien à ce qu’il signait. 

Ce fut un moment de solitude horrible. 

J’ai fini par quitter la scène pour aller chercher mon classeur de secours dans la loge. 

La honte. 

Mon classeur de secours. 

C’est un classeur qui contient la totalité des paroles que je chante pendant ce concert. 

Au cas où … 

Je pensais que sa simple présence dans ma valise me garantirait de ne jamais m’en servir et je ne pensais pas avoir besoin de l’amener sur un plateau un jour. 

Mon classeur de secours est bleu, il est en plastique, il est moche mais il a sauvé ma carrière ce soir là.  

 

Si j’avais su qu’un jour j’allais le sortir devant un public, j’aurais fait en sorte d’avoir un classeur un peu plus joli plutôt que cette horreur bleue pâle récupérée de mes années lycées. 

 

J’ai eu grand honte de revenir avec ça sur le plateau. 

Mais tout le monde m’a applaudie. 

Je ne sais pas pourquoi mais c'est un fait avéré, vous, le public, vous adorez quand on se trompe, quand on se vautre, quand on se goure, quand on a l’air un peu con …

Vous adorez quand il y a de l’imprévu. 

Moi, je déteste ça car j’ai l’impression de faire du mauvais travail. 

Ne plus savoir le texte de sa propre chanson, professionnellement parlant, c’est quand même pas terrible. 

Toujours est-il que, grâce à mon classeur de secours moche, j’ai pu chanter la totalité de ma chanson. 

Et le plus drôle dans tout ça c’est qu’à la fin du concert plusieurs personnes sont venues me dire qu’elles pensaient que ce trou de mémoire faisait partie de la mise en scène car elles avaient trouvé que l’échange signé avec Cyrille afin qu’il m’aide à retrouver les paroles était très poétique. 

Très poétique ...??

Alors ça par exemple …  

 

À la fin du concert, comme à mon habitude, je suis allée dans le hall pour discuter avec les gens qui en avaient envie. 

Là, une fille adolescente est venue dans mes bras et s’est mise à pleurer. 

Comme elle n’arrivait pas à m’expliquer ce qu’il lui arrivait ses parents qui l’accompagnaient me l’ont dit. 

Elle apprenait la langue des signes depuis plusieurs années afin de communiquer avec les personnes sourdes de sa famille et voir un concert bilingue l’avait bouleversée.

On était dans le hall, j’étais touchée, presque gênée par l’expression aussi intense de son émotion. 

Ce fut un moment unique. Sans précédent. 

Et je peux vous dire que vivre ce moment avec elle, dans le hall du centre culturel d’une ville du Limousin, venait de donner à lui seul tout le sens et toutes les bonnes raisons d’avoir vécu cette journée interminable démarrée 18h plus tôt ... 

Le lendemain matin je suis partie toute seule en train pour jouer dans le sud de la France. 

Mais ceci est une toute autre histoire que j’aurai peut être le plaisir de vous raconter un jour. 

En attendant, je vous embrasse, ça m’a fait plaisir de partager tout ça avec vous. 

Liz 

 
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A
Merci pour cet excellent article, que je relis ce jour avec grand plaisir parce que vous y avez fait référence dans le post FB dans lequel vous vous réjouissez (non sans raison) d'avoir enfin un camion de tournée neuf.<br /> Merci pour le grand sourire et pour l'émotion !
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